Henri Groult vient de nous quitter à l’issue d’une longue maladie neurodégénérative. Né à Bastia en juillet 1965, il était très fier
de ses origines corses.
Il a effectué toutes ses études universitaires à l’UPMC et soutenu un DEA d’Electrochimie en 1989 au laboratoire d’Electrochimie
de l’UPMC, dirigé par le Professeur Marius Chemla, puis une thèse en avril 1992. A l’issue de sa thèse, il a été recruté au CNRS
dans ce laboratoire, dans l’équipe du Professeur Didier Devilliers, en tant que chargé de recherche dès 1992. Son HDR a été
soutenue à l’UPMC en 2003.
Ses premiers travaux étaient dédiés à la préparation du difluor en milieu fondu KF‐2HF. Par la suite, il s’est orienté sur l’étude
des propriétés électrochimiques de nouveaux matériaux carbonés fluorés trouvant des applications dans les générateurs au
lithium, tout en conservant la spécialité peu répandue de spécialiste de l’électrochimie en milieux liquides ioniques. Ces milieux
revêtent une grande importance dans la mesure où certains sont utilisés dans des secteurs de pointe tels que le nucléaire, les
générateurs électrochimiques, les piles à combustible… soit directement, soit indirectement pour la préparation de matériaux
d’électrodes (par exemple des fluorures ou des oxyfluorures de métaux de transition). L’une des originalités de ses travaux
consistait à effectuer des expérimentations en milieu très agressif (HF anhydre) et/ou dans des conditions extrêmes (sels fondus
jusqu’à 900°C). Très peu d’équipes en France effectuent ce type d’expériences.
Pendant toute sa carrière, il a développé de très nombreuses collaborations avec des chercheurs universitaires français et
étrangers, notamment japonais : universités de Morioka, Kyoto, Tokyo, Aichi Institute of Technology à Toyota. C’est d’ailleurs au
Japon qu’il a effectué un stage post‐doc en 1994 à Kyoto (professeur T. Nakajima) et Morioka (professeur N. Kumagai).
Par ailleurs, il a toujours eu d’importantes collaborations avec le milieu industriel : Areva/Orano (électrolyse fluor),
Hydroquébec (composés fluorés pour les batteries Li‐ion), HEF (nitruration en milieu carbonates fondus pour la protection
contre la corrosion), Saint Gobain (corrosion), EDF (stockage de l’énergie). C’est dans ce contexte qu’il a obtenu une mise à
disposition pour une durée de 6 mois au sein de la Société Ceac‐Exide (générateurs électrochimiques).
Sa production production scientifique (plus de 250 publications répertoriées sur ResearchGate, 2 brevets, plus de 60
conférences et séminaires invités, 4 ouvrages, une quarantaine de rapports de fin de contrat industriels), sa participation à de
nombreux projets ANR et son implication dans la formation de jeunes docteurs lui ont permis d’être promu directeur de
recherche en 2006.
Henri a toujours été très impliqué dans les tâches d’intérêt collectif, tant dans le laboratoire PHENIX, où il assumait la
responsabilité de l’équipe Liquides Ioniques & Electrochimie, qu’à l’extérieur : il a été coordinateur du Groupement d’Intérêt
Scientifique sur le fluor (GIS – Fluor) sous l’égide du CNRS, avec pour objectif de fédérer l’activité de recherche en Chimie du
fluor en France et d’assurer l’interface entre les différents acteurs académiques et industriels. Enfin, il a organisé plusieurs
manifestations scientifiques, notamment des séminaires franco‐japonais sur la chimie du fluor et sur les batteries au lithium. Le
point d’orgue fut le 17ème Symposium Européen sur la Chimie du Fluor (17th ESFC) à Paris en juillet 2013, avec une réception à
l’Hôtel de Ville au cours de laquelle il reçut la médaille d’argent de la Ville de Paris.
Henri était très apprécié au laboratoire et à l’extérieur pour ses qualités humaines. Pendant quelques années, il joua du sax
ténor dans un groupe de musiciens de jazz : Les évadés de Swing Swing.
A sa femme et ses deux fils nous présentons nos sincères condoléances.
D. Devilliers, Laboratoire PHENIX